Les Nabis

Qui sont les Nabis ?

À partir de la seconde moitié du XIXème siècle, un groupe d’amis et d’artistes-peintres âgés d’une vingtaine d’années, forment le groupe des Nabis.

Le terme Nabi signifie « prophète », « inspiré », en arabe et en hébreu. Ce nom est choisi en grande partie par autodérision, car selon le peintre Maurice Denis : « c’était un nom qui, vis-à-vis des ateliers, faisait de nous des initiés, une sorte de société secrète d’allure mystique et proclamait que l’état d’enthousiasme prophétique nous était habituel ». En tant que « prophètes », les Nabis entendent renouveler l’art de leur temps.

Parmi les pionniers du groupe à la fin des années 1880, nous pouvons citer : Paul Sérusier, Félix Valloton, Paul-Elie Ranson, Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Maurice Denis. Ils sont unis par une recherche commune et novatrice qui met la question du décoratif au cœur de leurs préoccupations. Chacun porte un surnom, signe de son appartenance au groupe. Pierre Bonnard est le Nabi très japonard (une allusion directe à son intérêt pour l’art japonais). Paul-Elie Ranson est le Nabi plus japonard que le Nabi plus japonard. Paul Sérusier est le Nabi à la barbe rutilante. Maurice Denis est le Nabi aux belles icônes, et Édouard Vuillard, le Nabi zouave. Telle une société secrète, les Nabis se réunissent dans l’atelier de Ranson qu’ils appellent « le Temple ». Ils inventent également un langage codé. Pour eux, une « icône » est une peinture, un « bourgeois », un ignare. Ils signent ETPMV : « en ta paume, mon verbe ».

Les Nabis ne constituent pas un mouvement isolé dans leur temps, bien au contraire. Ils sont influencés par l’Aesthetic Movement anglais Arts & Crafts. Dans les années 1860, ce mouvement s’interroge déjà sur les arts décoratifs. À leur tour, les Nabis veulent créer un art décoratif en accord avec leur temps : très optimiste et dynamique.

Ils arrivent à la fin du XIXème siècle, un moment où l’art bascule davantage vers l’abstraction, vers le symbolisme, et se détache du naturalisme des impressionnistes.

L’embellissement du quotidien.

Les artistes Nabis rejettent l’impressionnisme, trop réaliste pour eux. Ils prônent alors un art nouveau, révolutionnaire qui embellirait le quotidien, un art qui délaisserait la peinture classique de chevalet pour créer des œuvres décoratives sur des supports d’intérieur : paravents, vitraux, éventails, tapisseries, céramiques. Ils démontrent que les objets utilitaires peuvent aussi accueillir le beau. Ils ont un désir de créer un décor moderne pour des intérieurs modernes au quotidien. Ils veulent mettre de l’art dans tout, et ainsi créer un art accessible à tous, sous forme d’objets revus et re-dessinés par des artistes. Les Nabis nous transmettent une vision embellie de la vie, une beauté au quotidien. Ils créent ainsi par exemple des prototypes de papiers peints très joyeux. Outre ce désir d’embellir la vie, les Nabis décloisonnent l’art, rapprochent artistes et artisans pour créer un nouvel environnement. Les Nabis font parties des premiers artistes à travailler de leur mémoire et de leur imaginaire, aux dépens des vrais décors.

Ils puisent leur inspiration dans les tapisseries médiévales et adoptent des techniques ancestrales comme celle de la détrempe. Mais ils s’intéressent aussi à l’Art Nouveau japonais, pour créer des scènes contemporaines dans un décor moderne.

Les Nabis et le Japonisme : une rencontre entre le Japon et l’Occident.

À cette époque, les Nabis sont fascinés par l’art japonais. Ils collectionnent alors les estampes, les crépons utilisés pour emballer les marchandises. Ils s’intéressent à l’art textile japonais et aux motifs. Outre la recherche de l’exotisme, l’art japonais influence le style des Nabis. Les peintres adoptent la simplification des formes, le goût de la ligne sinueuse pour les silhouettes, l’abandon de la perspective et de la profondeur, et les couleurs vives. Ils retiennent aussi les formats verticaux du kakemono. Les thématiques se renouvellent également. On fixe des impressions fugitives des instants de vie quotidienne. Les Nabis représentent ainsi leurs proches, dans des scènes de la vie quotidienne.

Les Nabis et le symbolisme

L’esthétique symboliste domine la peinture des Nabis. Comme l’écrit Maurice Denis, l’esthétique symboliste est « cette poésie de l’intuition, cet art d’évoquer et de suggérer, au lieu de raconter et de dire, ce lyrisme intégral que les poètes et les artistes s’efforcent de faire passer dans leurs ouvrages. »

Le décor ne décrit plus une réalité, il la réinvente.

Vuillard aborde dans ses panneaux décoratifs le thème des intérieurs. Ses décors intérieurs évoquent l’intériorité des personnes, le plus souvent celle des commanditaires, comme une sorte de double d’eux-mêmes. Il s’agit non pas d’un miroir intérieur de la réalité, mais d’une interprétation.

Le motif de la femme chez les Nabis.

Le motif de la femme est omniprésent dans l’œuvre des Nabis. Les femmes sont des sujets d’inspiration, des muses, des femmes idéalisées. Les Nabis expriment dans leurs œuvres une certaine tension entre la figuration d’une féminité pleine de charme destinée à être contemplée agréablement, et la possibilité d’une action autonome chez la femme. Dans certaines œuvres de Bonnard, les femmes sont représentées à la fois comme des muses élégantes, des inspiratrices modernes mais aussi des figures de modernité, comme Misia, pianiste et mécène de nombreux artistes, vantant La Revue Blanche (publication culturelle et artistique d’opinions progressistes).

Malgré la révolution que ce mouvement apporte, cette parenthèse enchantée ne dure qu’une dizaine d’années (1888-1900). Le groupe des Nabis se dissout et chaque artiste poursuit sa propre voie.

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